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Tableau de résistance au feu : distinguer SF, PF, CF et lire REI 120

Clémence Jouvenel-Labrousse 7 min de lecture
Tableau résistance au feu des matériaux de construction REI 120 SF PF CF

Pour choisir une porte, une paroi, un plancher ou un conduit, il faut d’abord distinguer la réaction au feu du produit et la résistance au feu de l’ouvrage. Les tableaux ci-dessous permettent de lire les classements français et européens sans confondre M, SF, PF, CF, R, E, I et REI.

Réaction et résistance au feu : deux performances à ne pas confondre

La réaction au feu décrit le comportement d’un matériau lorsqu’il est exposé à une source d’ignition. Contribue-t-il au développement du sinistre ? Produit-il beaucoup de fumées ou des gouttelettes enflammées ? Cette performance concerne notamment les revêtements, les isolants, les plafonds, les sols et les textiles.

Quiz sur la résistance et la réaction au feu

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La résistance au feu concerne un élément de construction dans son ensemble : cloison avec ses fixations, bloc-porte avec son bâti, plancher, gaine ou plafond. Elle mesure le temps pendant lequel cet élément continue à remplir sa fonction face à l’incendie. Une plaque, une serrure ou un isolant ne peut donc pas, à lui seul, justifier le classement feu du système fini.

Les lettres R, E et I en pratique

  • R : résistance mécanique ou stabilité. L’élément porteur conserve sa capacité à supporter les charges.
  • E : étanchéité aux flammes et aux gaz chauds. Le feu ne traverse pas l’élément du côté non exposé.
  • I : isolation thermique. La face protégée ne s’échauffe pas au-delà des seuils prévus par l’essai.
  • W : limitation du rayonnement thermique, avec un seuil de 15 kW/m².

Un classement REI 120 signifie qu’un élément porteur reste stable, étanche et isolant pendant 120 minutes. Il correspond à deux heures de protection coupe-feu, sous réserve que la configuration posée soit bien celle qui a été évaluée.

Tableau de résistance au feu : SF, PF, CF et classement européen

Les dénominations françaises historiques restent présentes dans de nombreux documents : stable au feu (SF), pare-flammes (PF) et coupe-feu (CF). Le classement européen fondé sur la norme EN 13501-2 reprend ces fonctions avec les lettres R, E et I. Les durées vont de 15 à 360 minutes, soit de 1/4 d’heure à 6 heures.

Fonction vérifiée Classement français historique Classement européen courant Ce que l’élément conserve
Stabilité seule SF R Sa capacité portante ou sa stabilité
Étanchéité aux flammes et aux gaz chauds PF E Une séparation entre deux volumes
Stabilité, étanchéité et isolation CF REI pour un élément porteur ; EI pour un élément non porteur Le compartimentage et une protection thermique
Durée indiquée Notation française Notation européenne Exemple de lecture
15 minutes SF 1/4 h, PF 1/4 h ou CF 1/4 h R 15, E 15, EI 15 ou REI 15 Protection maintenue pendant un quart d’heure
30 minutes SF 1/2 h, PF 1/2 h ou CF 1/2 h R 30, E 30, EI 30 ou REI 30 Protection maintenue pendant une demi-heure
60 minutes SF 1 h, PF 1 h ou CF 1 h R 60, E 60, EI 60 ou REI 60 Protection maintenue pendant une heure
120 minutes SF 2 h, PF 2 h ou CF 2 h R 120, E 120, EI 120 ou REI 120 Protection maintenue pendant deux heures
180 à 360 minutes SF, PF ou CF 3 à 6 h R, E, EI ou REI 180 à 360 Niveau destiné aux exigences les plus élevées

Cette correspondance aide à comprendre les sigles, mais elle ne permet pas de transformer automatiquement un ancien procès-verbal en classement actuel. Pour prescrire un produit, contrôlez le document applicable au système réellement posé, avec ses supports, ses fixations et ses accessoires.

Lire la réaction au feu avec les classes M et les Euroclasses

Le classement M va de M0 à M4. M0 correspond à un matériau incombustible, tandis que M4 désigne un matériau facilement inflammable. Ce classement reste rencontré dans certains domaines d’aménagement. Pour les produits de construction marqués CE, les Euroclasses sont devenues la référence, notamment depuis l’arrêté du 21 novembre 2002.

Classement historique Euroclasses indicatives Lecture générale
M0 A1 ou A2 Très faible ou aucune contribution au feu
M1 A2-s1,d0, B-s1,d0 ou C-s1,d0 selon le produit Combustible mais non inflammable
M2 C à D, selon les conditions d’essai Difficilement inflammable
M3 D à E, selon les conditions d’essai Moyennement inflammable
M4 E ou F Facilement inflammable ou performance non déterminée

Cette lecture reste indicative, car les méthodes d’essai et les champs d’application ne sont pas identiques. Les Euroclasses ajoutent deux informations utiles. Le suffixe s1 à s3 qualifie l’opacité des fumées, de faible à importante. Le suffixe d0 à d2 indique l’absence ou la présence de gouttelettes et de débris enflammés.

Une référence B-s1,d0 associe donc une bonne réaction au feu, une faible production de fumées et aucune gouttelette enflammée. La classe du produit ne suffit toutefois pas à apprécier un élément de construction complet : la résistance au feu relève d’un autre classement et d’un autre essai.

La fibre, un détail qui peut changer la réponse au feu

Dans les produits composites, la nature de la fibre ne suffit pas à prédire la performance. Un panneau peut associer une trame, un liant, un parement et des cavités d’air. Sous l’effet de la chaleur, la matrice peut se ramollir, la résine se dégrader par pyrolyse ou les interfaces se décoller avant que le renfort ne soit atteint.

Pour un isolant, un revêtement stratifié ou un calorifuge, recherchez donc le classement du complexe complet, avec son épaisseur, son support et son mode de fixation. C’est cette architecture assemblée qui détermine la propagation, les fumées et la tenue réelle au feu. Le classement d’un composant isolé ne suffit pas à conclure sur le comportement de l’ensemble.

Du matériau à l’ouvrage : les vérifications avant de prescrire

Dans un ERP, un logement collectif, une gaine technique, un parking ou un bâtiment industriel, l’exigence dépend de l’usage, de la hauteur, de l’accessibilité des secours et de la stratégie de compartimentage. Une porte séparant deux zones doit souvent assurer l’étanchéité et l’isolation. Une structure porteuse doit, elle, préserver sa stabilité. Le niveau demandé ne se déduit donc pas uniquement du matériau choisi.

Les documents à contrôler

Demandez la déclaration de performance, le marquage CE lorsqu’il est requis, ainsi que le rapport de classement ou le procès-verbal correspondant. Les essais sont réalisés selon des méthodes normalisées telles que NF P92-501, EN 13501-1 et EN 13501-2, notamment par le CSTB ou le LNE. Les procès-verbaux de classement sont valables 5 ans : vérifiez leur date, la référence commerciale exacte et leurs limites d’emploi.

  1. Identifiez l’exigence réglementaire applicable au local et à l’élément concerné.
  2. Distinguez la réaction au feu du produit de la résistance au feu de l’ouvrage.
  3. Relevez le classement demandé, par exemple A2-s1,d0, EI 60 ou REI 120.
  4. Comparez-le à un document d’essai valable couvrant les dimensions, les accessoires, les joints et les supports prévus.
  5. Respectez les prescriptions de pose : une traversée de câble, une huisserie inadaptée ou une fixation modifiée peut compromettre le compartimentage.

Cette vérification concerne aussi les ouvrages qui paraissent simples. Un plafond, une gaine ou une paroi ne peut conserver son classement que si la composition et la mise en œuvre correspondent au domaine d’application du document d’essai.

Les erreurs qui invalident le tableau sur chantier

Un tableau de résistance au feu est un outil de lecture, pas une autorisation de mélanger des composants. Une cloison EI 60 ne conserve pas automatiquement son classement après le percement d’une réservation. Il faut un calfeutrement compatible et évalué. De même, un bloc-porte coupe-feu doit être posé avec son bâti, ses paumelles, son ferme-porte et, le cas échéant, les joints intumescents prévus dans le dossier d’essai.

Une modification apparemment limitée peut donc changer la performance de l’ensemble. Le remplacement d’une fixation, l’ajout d’un accessoire ou la modification d’un support doivent être comparés aux limites du classement officiel. C’est la configuration évaluée qui compte, et non la seule désignation commerciale du produit.

L’arrêté du 22 mars 2004 modifié encadre la résistance au feu des produits, des éléments de construction et des ouvrages. En cas de doute sur une équivalence, une rénovation ou un détail de mise en œuvre, fondez la décision sur le classement officiel du système et sur l’exigence réglementaire du bâtiment, jamais sur la seule appellation commerciale « coupe-feu ».

Clémence Jouvenel-Labrousse

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